Culture Libre et Libre Dépendance

jeudi, mars 23, 2006

Quelques lectures obligatoires

Suite à la demande d'Olivier je vous propose quelques lectures obligatoires... Bien sûr, elles ne sont pas exhaustives mais donnent de sérieuses pistes pour se retrouver dans le vaste monde de la culture libre (prise dans son sens le plus large).


Olivier BLONDEAU et Florent LATRIVE, Libres enfants du savoir numérique, L'Eclat (mars 2000).
Emmanuel PIERRAT, La Guerre des Copyrights, Fayard (janvier 2006).
Je vous conseille également ces deux livres qui traitent de la question des enjeux liés à la biodiversité: la Biopiraterie.
Vandana SHIVA, La vie n'est pas une marchandise, La dérive des droits de la propriété intellectuelle, Enjeux Planète (mai 2004).
Vandana SHIVA, Biopiracy: The plunder of nature and knowledge, South End Press, Boston (1997).
Bonnes lectures à tous et si vous avez des suggestions, n'hésitez pas!

samedi, mars 11, 2006

La licence globale enterrée...

Dans le nuit du 21 au 22 décembre 2005, les parlementaires votaient l'amendement légalisant le P2P en créant la "licence globale" (celle-ci aurait permis aux internautes de télécharger et d'échanger des fichiers sur le réseau peer-to-peer en contrepartie d'une rémunération de quelques euros destinée aux sociétés de gestion collective des droits d'auteur).
Mais voilà! ce que les parlementaires avaient donné, les parlementaires ont repris...
Après quelques jours de discussions, une tentative maladroite du gouvernement de faire passer en force ses amendements et un vote "biaisé" par le retrait de l'hémicycle des députés opposés au projet de loi, on a sonné le glas de la licence globale.
Il reste à espérer que le gouvernement ait fait la critique de son projet et assouplisse les dispositions relatives à la répression des internautes échangeant sur le réseau P2P.

vendredi, mars 03, 2006

Une nouvelle décision... Une nouvelle controverse!

Le mardi 28 février, la Cour de Cassation rendait un arrêt controversé sur la question de la "copie privée". Décisions controversée pour deux raisons: Tout d'abord, c'est la première fois que la plus haute juridiction française est appellée à se prononcer dans ce domaine. Ensuite, à une semaine de l'ouverture des débats à l'Assemblée Nationale sur la loi DADVSI, elle prend le contre-pied des promesses faîtes par le Ministre de la Culture et de la Communication, M. Renaud Donnedieu de Vabres, pour qui la copie privée serait maintenue comme une exception aux droits exclusifs de l'auteur.
A ce titre, la Cour de Cassation, qui entend interdire à l'acheteur d'un DVD d'en produire une copie, même pour son stricte usage personnel, déclare qu'une telle décision met en conformité l'état du droit en France avec ses engagements au niveau international.
Rappelant les principes défendus dans la Convention de Berne, la haute juridiction souhaite préserver les "intérêts légitimes des auteurs". Ainsi, la copie privée pourrait nuire à la commercialisation d'un DVD, lequel participe grandement à l'amortissement des coûts engendrés par la production cinématographique.
Bien qu'une petite partie des bénéfices tirés de la vente de supports vierges (CD et DVD) soit reversée aux sociétés de droits d'auteurs (sous forme d'une taxe), la Cour de Cassation, comme les tenants de la propriété intellectuelle, juge ce dispositif insuffisant.
Comment pourrait-on, dans les faits, faire respecter un tel jugement? Le quotidien Le Monde, dans un article du 2 mars, nous rappelle que, dans la plupart des pays, 80% de la circulation de données sur Internet est constituée d'échange de fichiers. De plus, les consommateurs internautes peuvent, légalement, télécharger de la musique payante sur des sites Internet. Ces fichiers sont protégés par les Digital Rights Managment (en français, les mesures techniques de protection) qui permettent à l'audionaute de réaliser entre 5 et 7 copies pour son usage privé. Pourquoi alors interdire à l'acheteur d'un produit sur support physique de copier son bien? Ceci ne mettrait-il pas en péril une certaine partie du commerce musical? N'y a-t-il pas un abus ou une forme de concurrence déloyale?
Encore une fois, un cadre normatif est plus que nécessaire pour trancher ces questions de fond qui sont à la base du problème. Peut-être la Cour de cassation aurait-elle dû s'abstenir de rendre un arrêt dans ce domaine avant que la loi n'ait été voté au Parlement... Peut-être s'agit-il d'un message envoyé au législateur ou au gouvernement pour le recadrer dans sa mission...
L'avenir nous le dira!

lundi, février 27, 2006

Triste nouvelle...

Je viens de prendre connaissance d'un jugement surprenant (ou consternant) intervenu le 17 janvier dernier. Le propriétaire d'un site, répondant au pseudonyme de "Dany-Corsica", qui mettait en partage des logiciels de consommation courante et certains logiciels professionnels, s'est vu condamné lourdement par le Tribunal Correctionnel de Bastia à 24 mois de prison dont 9 avec sursis. Selon la justice, le propriétaire du site tirait des revenus substantiels de son activité cybernétique... grâce aux publicités affichées sur ses pages.
Il s'agit d'une des plus lourdes condamnations prononcées par une instance juridictionnelle.
Qui pourra se féliciter de cet état de fait, à part la Buisness Sofware Alliance, quelques jours avant que soit débatue à l'Assemblée la loi DADVSI? Comment ne pas être choqué par la sévérité d'un jugement dans lequel le condamné ne tirait pas de revenus directs d'une activité qualifiée d'illégale (il ne vendait pas sous le manteau des copies ou reproductions de logiciels contre des sommes d'argent, il n'incitait personne à télécharger le contenu du site et ne faisait que reproduire ce qui se trouve déjà, et en très grande quantité, sur n'importe quel serveur). Comment ne pas s'interroger sur les distortions qui existent entre un jugement rendu en France contre un utilisateur "indépendant" et le célèbre jugement rendu par la Cour suprême des Etats-Unis dans l'affaire MGM v. Grokster?

Pour tout cela, il est désormais impératif que la liaison soit établie entre les titulaires de droits et ceux qui les font vivre (c'est-à-dire, nous, les internautes, consommateurs); que soit votée une loi qui réponde aux besoins de chacun (et pas seulement aux besoins des grandes industries), des artistes-interprètes, des auditeurs, spectateurs et autres producteurs.

Pour en savoir plus, je vous invite à suivre ce lien... et à méditer sur cette déclaration d'un représentant de la BSA:

« la Brigade de recherche de la Gendarmerie d'Ajaccio a fait un travail remarquable et s'est montrée déterminée à ce que l'auteur de ces sites puisse répondre de ses actes devant la justice. Les pirates d'Internet (...) constituent une menace importante pour les économies d'Europe occidentale ». (nos italiques)

jeudi, février 23, 2006

Campagne et Contre Campagne...

Voici la campagne du SNEP...


Voici la réponse des internautes qui soutiennent l'échange de fichiers...

Dans ce combat imagé, l'important c'est de ne pas oublier de quoi il est question...

mercredi, février 22, 2006

Razorback2 mis aux fers...

Argaunt d'une victoire majeure dans la bataille pour stopper la fourniture de contenus illégaux sur Internet via le réseau P2P, Dan Glickman, président de l'association américaine des studios de cinéma (Motion Picture Association of America) a annoncé la saisie du serveur "pirate" Razorback2. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, ce serveur est une plaque tournante de "l'industrie P2P" puisque, quotidiennement, plus de 1,3 millions d'internautes l'utilisent pour faire transiter et échanger leurs fichiers.
La saisie du "dangereux serveur", à Zaventem, près de Bruxelles, serait le résultat d'une étroite collaboration entre polices Suisse et Belge. Le journal Le Monde, dans son édition électronique du 22 février 2006, indique que l'un des administrateurs, arrêté en Suisse, serait actuellement en garde à vue.
Toutefois, cette saisie par les autorités ne devrait pas mener à d'autres interpellations ou enquêtes judiciaires puisque, comme l'explique "Jarodc42", un spécialiste des réseaux P2P:
"Le programme chargé de gérer les utilisateurs, les index de fichiers, et les recherches émises par les usagers est un programme informatique dont les bases de données ne sont présentes que dans la mémoire du serveur, pas sur les disques durs. Il suffit d'un arrêt du programme pour que les données soient complètement effacées"
De plus, le réseau P2P continuera de fonctionner, même après l'arrêt de son serveur vedette, puisque des dizaines d'autres prendront le relais en permettant l'échange de fichiers musicaux ou vidéos.

DADVSI: une Loi pour bientôt?

C'est donc le 7 mars 2006 que sera réétudié, devant l'Assemblée Nationale, le projet de loi sur les Droits d'auteur et droits voisins dans la société de l'information. Suite aux péripéties du mois de décembre 2005, ayant vu le vote d'un amendement, contre l'avis du gouvernement, ouvrant la voie à la légalisation des échanges P2P sur le réseau Internet, le ministre de la Culture a remanié son texte pour une version moins répressive.
En parallèle, M. Renaud DONNEDIEU de VABRES, avec pour ambition d'ouvrir un débat démocratique, a inauguré au Palais de Tokyo, à Paris le site Internet "lestelechargements.com" grâce auquel, artistes et internautes pourront dialoguer, ou plus simplement s'informer, par le biais de forums, d'interviews et autres vidéos.
S'agit-il d'une propagande gouvernementale pour faire passer un projet de Loi agonisant? Le ministre de la Culture, qui a déboursé pas moins de 180.000 euros pour monter ce projet, confié et développé par l'agence Publicis, affirme qu'il n'en serait pas ainsi, "toute la diversité des points de vue sera représentée". Par ailleurs , le site Internet a reçu le soutien des principales sociétés civiles d'auteur, la SACEM (auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) et la SACD (auteurs et compositeurs dramatiques).
En réaction, quelques internautes ont d'ores et déjà créé un site Internet alternatif, critique du projet du gouvrenement intitulé "lestelechargements.net". Selon eux:
Ce petit site est né de la volonté de montrer que la musique légale, n’est qu’un concept, inventé par l’industrie du disque pour détourner les gens d’un accès à la culture. Le terme exact est le terme de musique licenciée, c’est à dire une musique pour laquelle l’artiste ou le label a donné son accord de diffusion en ligne.

lundi, février 13, 2006

La Gambie montre la voie aux pays en développement...

Le 7 février 2006, dans un communiqué de presse du Programme des Nations Unies pour l’environnement et le Développement,le Dr. Ahmed Djoghlaf, secrétaire général de la Convention sur la Diversité Biologique, a annoncé que la République de Gambie avait décidé d’ouvrir la voie à l’application des objectifs fixés lors du sommet de Johannesburg de 2002. Le Président Jammeh a par ailleurs déclaré:

“Reducing the rate of loss of biodiversity in the world cannot be achieved without the full and effective engagement of all citizens of the world. Therefore, I have decided to establish a popular forum in cooperation with the Secretariat of the Convention on Biological Diversity, which will allow the citizens of Gambia to make their contribution for protecting life on Earth, and I sincerely hope that this initiative will be followed in other parts of Africa and in the world”.

Le chef d'Etat de la Gambie a également proposé aux autres pays africains une coopération Sud-Sud dans la perspective d'atteindre les objectifs de la Convention.
Une belle leçon donnée aux pays en développement qui se sont laissés jusqu'en 2010 pour réaliser les objectifs fixés en 1992 à Rio de Janeiro, plusieurs fois réaffirmés au cours des conférence des Nations Unies pour le développement.
Il ne reste plus qu'à espérer que le prochain sommet de la Terre prévu en mars prochain à Curitiba au Brésil tiendra compte de cette initiative et que celle-ci sera imitée.
Affaire à suivre...

jeudi, février 09, 2006

Brevets pharmaceutiques, savoirs traditionnels et "biopiraterie"

La culture libre n'est pas l'apanage du cyberespace. Elle est l'espace dans lequel et par lequel s'exprime les idées et les connaissances. La défense des savoirs traditionnels, menacés par la privatisation des grandes firmes (pharmaceutiques, biotechnologiques...), par la biopiraterie, entre dans le cadre du combat de la culture libre (par nature insusceptible d'appropriation par le secteur privé), du pur bien commun...

Par définition, la biopiraterie (ou biopiratage) est un terme relatif à l’appropriation du vivant. Elle est principalement utilisée pour décrire les brevets sur les gènes, sur le génome humain, sur les plantes, ou sur tout ce qui est vivant. Elle peut également se comprendre de toute utilisation illégale des ressources naturelles.
Ce sujet est au carrefour de trois thèmes majeurs en propriété industrielle. Il se situe à mi-chemin entre « le savoir traditionnel », les « brevets pharmaceutiques » et d’une certaine manière « la protection des plantes ». Ce thème est apparu récemment, lorsque les grandes compagnies pharmaceutiques ont décidé de privatiser le vivant, ou plutôt l’utilisation du vivant. Cette privatisation a conduit plusieurs commentateurs à parler de spoliation des ressources et connaissances ancestrales. L’intérêt du sujet réside dans le fait qu’il nous présente un visage renversé de la piraterie telle qu’elle est combattue dans le monde de la propriété intellectuelle.
En effet, outre l’image antique et romantique du « pirate » pillant les navires en haute mer, dans le monde de la propriété intellectuelle, celui-ci se rendrait coupable du pillage des connaissances, des créations et inventions (tant dans le monde physique que dans le monde virtuel). Le « pirate », ainsi décrit, est perçu comme un hors-la-loi, copiant et abusant des produits sous la protection de brevets ou d’un copyright. Pourtant, la biopiraterie, telle que je vous la présenterai, renverse ces certitudes ; elle est désormais le fait de compagnies multinationales, titulaires des brevets, venant piller le savoir traditionnel de civilisations tribales ou autochtones. Elles viennent étudier et protéger sous leur nom des méthodes, des plantes et autres productions de la terre aux vertus thérapeutiques connues depuis des siècles par ces mêmes tribus.
Cette privatisation des ressources et savoirs et leur mise sur le marché entre dans le cadre d’une politique de la rareté. Comme l’écrit Bruno Ventelou, économiste, «le marché, dans son expression théorique apparaît comme le système optimal de gestion de la rareté»
[1]. Ainsi, l’abondance, à l’opposé de la rareté, serait destructrice pour le marché. Pourtant, les limites de la protection par la propriété intellectuelle des connaissances et savoirs immatériels ont été franchies et, à bien des égards, cette surprotection s’est traduite par l’assèchement des créations et un coup d’arrêt porté à la circulation des savoirs, pourtant indispensable au progrès économique.
Difficile de ne pas porter de jugements péremptoires sur un tel sujet ; difficile de ne pas défendre un point de vue et, en l’espèce, de ne pas confronter celui du bien commun ou savoir collectif et celui des tenants de la propriété intellectuelle.

En exemple[2], projetons-nous en Amérique du Sud, au milieu de la forêt amazonienne. L’Ayahuasca est une boisson traditionnelle des Indiens d’Amazonie. Les chamans du bassin de l’amazone préparent ce breuvage hallucinogène à partir de l’écorce du Banisteriopsis caapi depuis des siècles, et le servent lors des cérémonies religieuses où la plante, préparée en potion, est censée guérir les maladies, lire dans l’avenir et communiquer avec les esprits. En 1986, le botaniste et biologiste Loren Miller dépose et obtient un brevet sur une variété de Banisteriopsis caapi qu’il affirme avoir trouvé dans un jardin amazonien. En 1994, lorsqu’ils apprennent l’existence de ce brevet, les Indiens en exigent l’annulation, arguant que les propriétés de la plante sont connues de leur peuple depuis des centaines d’années. En 1999, l’office américain des brevets leur donne raison mais confirmera le brevet deux ans plus tard. Ainsi, Loren Miller se retrouve propriétaire d’une plante traditionnelle, au mépris de son exploitation ancestrale par les Indiens. L’histoire de l’Ayahuasca illustre parfaitement le phénomène en pleine expansion de la biopiraterie. Celle-ci devient le fait d’entreprises du Nord venant piller les savoirs traditionnels des pays du Sud en déposant des brevets sur leurs connaissances. En 2003, en France, un rapport gouvernemental est venu condamner ces pratiques ; selon celui-ci, «sous l’expression, très comme il faut, de protection de la propriété intellectuelle, se dissimule une féroce entreprise de dépossession des pays en développement»[3].

[1] Bruno Ventelou, Au-delà de la rareté, la croissance économique comme construction sociale, Albin Michel, Paris, 2001.
[2] Extrait d’un livre de Florent Latrive, Du bon usage de la piraterie, Culture libre, sciences ouvertes, Exils, octobre 2004.
[3] Conseil d’analyse économique, Propriété Intellectuelle, La Documentation Française, Paris, 2003.

dimanche, février 05, 2006

La licence globale: une taxe-racket?

J'ai souhaité me mêler à une discussion sur la proposition du Parlement de légaliser le P2P en mettant en place une "licence globale" qui, tout en permettant aux internautes de télécharger sur Internet, musiques et films, devrait garantir une plus juste rémunération des artistes...
Pour cela, il faudrait en premier lieu que le P2P soit légal pour que les autorités chargées de répartir ces "royalties" puissent le faire en connaissance de cause (c'est-à-dire, en connaissance des véritables classements... une sorte de box-office cybernétique); il faudrait en second lieu que les internautes jouent le jeu et ne se contentent plus de télécharger dans l'ombre les créations de leurs groupes préférés, mais qu'ils se rendent les mécènes d'une culture en mouvement.
(Voici quelques extraits de la discussion et mon commentaire en bas de page. L'intégralité de la discussion se retrouve sur:
La mort du téléchargement gratuit, programmée ? le 8 décembre 2005
[L’Equipe AgoraVox] La prolifération du P2P sur Internet pose aujourd’hui plus que jamais la question du droit à la copie privée, et la question du droit d’auteur se pose et doit trouver une réponse.
[Un internaute: Am] Voilà une affirmation sans la moindre nuance. Pourtant rappelez-vous les années 70, le scandale qu’avait provoqué l’arrivée de la cassette enregistrable, chacun pouvait enregistrer ce qu’il voulait. Hé oui, c’est comme ça. On a essayé de combattre cette nouvelle réalité par une taxe-racket, mais elle s’est imposée et s’impose de plus en plus... Pourtant rétrospectivement, ce sont les artistes les plus copiés qui ont eu la plus grande réussite...

[EAV] Le projet de loi DADVSI français permet donc d’ouvrir un débat Débat.
[Un internaute: Am] Quel débat? On impose, c’est tout, en écoutant les gros lobbies et en faisant la sourde oreille à la masse qui n’y connaît rien à la culture...

[EAV] La France, depuis de nombreuses années, a fait un droit réel du droit à la copie privée: cette permission est rentrée dans les moeurs.
[Un internaute: Am] C’est à peine croyable d’entendre une telle contre-vérité alors que les CD anti-copies se généralisent dans les bacs des disquaires...

[EAV] En quoi consiste cette licence globale? Il s’agirait d’une licence mensuelle que les internautes qui souhaitent télécharger pourraient acheter.
[Un internaute: Am] Ah nous y voilà, voilà l’apologie de la "licence légale", nouvelle taxe-racket, le gros pactol que certains aimeraient toucher! Taxer les cassettes, CD et DVD vierges ne suffit plus, c’est comme une drogue, il en faut toujours plus, il faut maintenant taxer l’accès à Internet! Il y a pourtant une variante, cette fois-ci, il ne s’agirait que de taxer ceux "qui souhaitent télécharger". Ben voyons et comment les reconnaîtrait-on? On essaye de nous faire avaler des gabegies pour que ça passe mieux...

[EAV] Du côté des français, selon un sondage Ifop commandé par les producteurs de disques, 88% des personnes interrogées (...) considèrent qu’il faudrait que les éditeurs de logiciels prennent "des mesures afin de garantir que leurs logiciels permettent de respecter les droits d’auteur".
[Un internaute: Am] Et voilà le sondage qui justifie, un grand classique de la désinformation, avec des questions habilement dirigées... Et combien de Français veulent que l’internet soit taxé? Combien d’internautes veulent qu’on restreigne leur liberté de téléchargement?
Hé bien quel catalogue... Tout ça pour une bataille qui sera toujours perdue, il y aura les téléchargements chiffrés et d’autres méthodes, mais il est vrai que ce n’est qu’accessoire pour ceux qui manipulent tout ça, l’essentiel c’est le pactol, trouver des moyens pour racketter les internautes...
J’ajoute que pour moi la limite entre ce qui devrait être légal ou pas,c’est le fait de faire du commerce. Mais qu’on foute la paix aux étudiants qui téléchargent pour le plaisir, pour acquérir une culture et qui seront les futurs consommateurs de demain... sauf que si on continue à les braquer, un boycott larvé se mettra en place...

Un internaute: Am.
Voici ma réponse, publiée le 3 février 2006.
Je suis, comme vous semblez l’être, un partisan farouche de la culture libre et de l’accès à cette culture via le vecteur ultra moderne qu’est Internet. Pourtant je ne partage absolument pas votre dégoût apparent pour la "licence globale".
Comment peut-on voir dans ce projet l’existence d’une taxe-racket et jeter ainsi l’anathème sur la volonté de nos élus de trouver des solutions en faveur des internautes et de la culture. Cette licence globale, en légalisant le P2P, permettrait du même coup de connaître la véritable répartition des parts dues aux artistes téléchargés sur Internet.
En effet, comme beaucoup peuvent s’en douter, il faut savoir que le Top 50 des artistes les plus téléchargés sur Internet ne correspond en rien aux Tops 50 présentés par les Majors et autres labels. Sachant que ces compagnies répartissent en partie les royalties de leurs recettes en fonction de ces classements qui ne représentent en rien la vérité, comment ne pas s’indigner d’un tel état de fait ? Internet est une banque infinie de ressources et un accès immédiat à la culture. Mais protégeons la culture au même titre que l’accès à celle-ci.
Pourquoi ne pas faire confiance à un tel projet de licence globale qui, loin d’être parfait, a pour lui le mérite de s’opposer à un gouvernement risquant de compromettre la culture. La culture libre est la volonté de chacun de partager sa connaissance. Mais la culture libre est un don qui ne doit rien enlever à personne, surtout pas à ce qui participe à sa création.
La licence globale, sans être une taxe excessive, devrait permettre à chacun de nous de soutenir en partie les artistes que nous téléchargeons et remettre en cause l’ordre établi par les grandes maisons de disques dans le monde. De plus, elle devrait permettre d’accroître considérablement le catalogue en ligne et, du même coup, accroître cette offre de culture qui n’a pour but que de répondre à un telle demande.
Voilà ce que j’entends par culture libre...

vendredi, février 03, 2006

Microsoft au pays des Communistes...

J’aime à penser que le combat pour la Culture Libre transcende les clivages politiques. Comment, d’ailleurs, pourrait-il en être autrement puisque celle-ci appartient à tout le monde, ou peut-être mieux, elle n’appartient à personne. Reprenant le credo d’un jeune Proudhon anarchiste, des slogans s’élèvent, affichant désormais « La Propriété Intellectuelle, c’est le vol » ! Et, abomination mise à part, ils ne sont plus seulement l’émanation d’une frange minoritaire, refusant les règles et l’ordre établi, mais ils nous viennent de chaque côté de l’échiquier politique.
C’est ce même combat qui a généré, en décembre dernier, lorsque nos députés examinaient le projet de Loi sur le Droit d’Auteur et Droits Voisins dans la Société de l’Information (DADVSI), une alliance de fortune au cours de laquelle, élus de tous bords ont voté l’amendement légalisant le peer-to-peer (P2P) : l’octroi d’une licence globale. Ce même projet DADVSI est censé intégrer dans notre législation nationale une directive européenne 2001/29/CE du 22 mai 2001.
Ainsi, dans une interview donnée en janvier 2005, Bill Gates, endossant son costume Mac Carthiste vieillissant, annonçait que : « Des communistes nouvelle manière veulent supprimer les incitations matérielles destinées aux musiciens, aux réalisateurs de cinéma et aux développeurs de logiciels ».
La chasse serait-elle ouverte ? Pour certains, il faudrait pousser encore plus loin l'analogie. Le cyberespace serait emprunt d’un héritage latent du gauchisme… Prônant pêle-mêle la liberté dans l’hypermédia et l’économie du don high tech, Richard Barbrook fait de l’Internet l’antre de l’anarcho-communisme nouvelle tendance… Pour d’autres, tel John Perry Barlow, auteur d’une « déclaration d’indépendance du cyberespace », celui-ci ne serait autre que le symbole d’une démocratie Jeffersonienne renaissante.
Alors ? Le cybermonde serait-il libéral ou socialiste ? Serait-il de gauche ou de droite ? Serait-il blanc ou noir ? Il nous reste peut-être à espérer que le cybermonde ne soit rien de tout ça… ou plutôt qu’il soit juste une autoroute de l’information universelle et sans frontières permettant de communiquer de Los Angeles à Pékin, d’échanger des connaissances en leur insufflant à chaque fois un peu de nous-même.
A mon sens, Internet doit être le symbole de la coopération internationale, transnationale et même anationale. Le projet GNU (Free Software Foundation), initié par Richard Stallman, a pour raison et vecteur la coopération de tous les programmeurs du monde. Le manifeste présente les avantages de recourir aux logiciels libres (c’est-à-dire que chacun de nous, avec des connaissances de base dans ce domaine, pourrait modifier le code source d’un programme pour l’améliorer à sa convenance et le partager ensuite avec les autres ; la seule condition étant de laisser le logiciel libre de droit). Ainsi, le système d’exploitation Linux, développé sur ce modèle, est le concurrent direct du très puissant Windows, programme clef de Microsoft… Encore une fois, la boucle est bouclée !